Quelques semaines sur l’Aquarius

Je suis toujours sur l’Aquarius (voir billet précédent). Jeudi nous avons eu la série de sauvetages la plus épuisante des six dernières semaines…un sauvetage “routinier” d’environ 130 personnes (si le fait que quelques centaines d’êtres humains fuyant le travail forcé soit contraints de prendre la mer dans un bateau qu’on mettrait PEUT-ÊTRE sur le Lac Okanagan et aient besoin d’être sauvés peut être appelé “routinier”) suivi de quatre heures de recherches pour trouver, avec l’aide de nos lumières, de la lune et de la persistance des personnes chargées de l’opération, un bateau égaré en pleine nuit avec plus de 120 personnes à bord. Après ça, nous avons transbordé presque 400 personnes d’un vaisseau naval italien, et nous étions toujours en train de le faire quand le soleil s’est levé. J’avoue que j’ai pris un sieste à un moment donné, mais pas tout le monde pouvait se le permettre. Somme toute l’équipe a fait un travail énorme. Ensuite il fallait héberger tout le monde, distribuer de la bouffe pour 650, traiter les malades, distraire les enfants, rencontrer les curieux et prendre les témoignages de ceux qui voulaient les donner. Ensuite, il fallait les raccompagner à Messine (deux jours de trajet), organiser le débarquement et nettoyer les aires d’hébergement. On s’est reposé pendant 24 heures à peine avant qu’une fausse alerte ne nous mette en mode travail cet après-midi. Et demain, il est très possible qu’on doive tout recommencer.

Et en toute honnêteté, ça, c’est un jeu d’enfant comparé à ce que les migrants doivent vivre, des circonstances qui leur ont fait quitté leurs pays, à la traversée du Sahara qui peut durer une semaine ou plus entassé(e)(s) avec deux cent autres dans un camion, à l’expérience du travail forcé et d’incarceration extralégale en Libye qui a duré deux ans ou plus dans certains cas, au trajet jusqu’au bateau et à l’expérience terrifiante de prendre la mer. “Y’a pas de marins chez nous, tu sais,” un des Maliens m’a dit, alors que deux autres m’ont dit qu’on leur a dit que le trajet jusqu’en Italie a duré entre trois et six heures.  C’est un bon jour même dans notre bateau.

Et après tout ça, les gens sourient, ils viennent parler aux autres et faire des amis, ils chantent, dansent, prient, embrasse leurs conjoint(e)s, leurs enfants, leurs frères et soeurs. ils partagent leurs petits bols de couscous aux légumes quand ils n’ont pas mangé depuis presque quatre jours. Hallucinant, la force de l’esprit humain.

Tout cela pour dire que, voici quelques histoires de notre vie sur le bateau et des gens qu’on y rencontre…

L’histoire d’Adéline et d’Éric  (Cameroun)

L’histoire de Kebba (Gambie)

Un pan de vie 

Le sauvetage de nuit

Allez voir sosmediterranee.fr  ou suivez-nous sur Twitter (@SOSMedFrance) si notre travail et le sort de ces hommes, femmes et familles vous intéresse.

 

 

 

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About msmarguerite

Young Quebec City-based freelance journalist. once and future nomad. I blog about life, about travel, about things I notice and every so often about work. I enjoy language learning, singing, swing dancing, skating and...other stuff, sometimes. My heart is somewhere in East Africa, Haiti or Eastern Europe. English, français, русский, malo slovensko, un poco de espanol, um pouco de português ndiga ikirundi, mwen ap aprann kreyòl...
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