Jean-Claude Guyot, un ami du Burundi et de ses journalistes, est mort.

Les professeurs universitaires belges ne sont pas, en règle générale, connus pour leur accessibilité, leur ouverture, leur altruisme, encore moins pour leur fou rire. Mais Jean-Claude Guyot l’était.

En Belgique, le rapport que les étudiants entretiennent avec leurs professeurs est beaucoup plus distant qu’en Amérique du Nord. C’est un dynamique de vouvoiement, de déférence exagérée et d’hésitation à poser des questions, par peur que la question soit perçue comme une mise en question de l’autorité du prof. Jamais, au grand jamais, les étudiants n’auraient pensé à prendre un pichet avec un prof ou un chargé de cours, comme on fait chez nous le dernier jour des cours. Donc, à Louvain-la-Neuve, la jovialité de Guyot et sa manière d’interagir avec les étudiants étaient tellement distinctives que les étudiants, en se moquant gentiment, l’appelaient Tonton Guyot.

En plus d’être sympa, il était aussi un grand ami du Burundi. Je dirais même que parmi les professionnels de la communication là-bas, c’était un célébrité. Tous mes collègues à la radio le connaissait. Il a donné de nombreuses formations là-bas. “Ah, Guyot, c’était mon prof!” des collègues me disaient souvent.

Je ne savais pas ça avant d’arriver en Belgique. Je suis allée le voir une fois pour une affaire de paperasse. Il m’a accueilli avec son sourire habituel mais il a dit, “Je n’ai pas beaucoup de temps, je pars en Afrique.”

“Où ça en Afrique?” ai-je répondu.

“Au Bu-run-di.” Avec ce lenteur avec lequel on prononce le nom du pays en parlant aux gens qui pourraient le confondre avec les Bermudes ou la Birmanie.

Ma réponse était au contraire de ses attentes. “Vraiment? J’ai vécu au Burundi! C’est mon deuxième chez moi ça!”

Le prochain demi-heure a disparu dans une nuage de noms et de lieux familiers et de rires. Des lors, quand il voulait me rassurer, me taquiner ou seulement avoir mon attention, il disait, “C’est pas comme au Burundi, hein??” ou “C’est comme au Burundi!”

Il avait une énergie chaleureuse hors du commun et son fou rire était fameux. Il avait aussi le don de rassurer les gens, de les faire sentir que tout était sous contrôle même quand ce n’était fort probablement pas le cas.

Peu de temps après le coup militaire au Burundi, à la fin du mois de mai dernier,  je lui ai écrit un petit mot pour voir quels efforts l’université faisait pour aider les radios, et comment on pouvait s’entraider. Il a répondu qu’il fallait d’abord pouvoir entrer dans les studios et faire l’était des lieux complet (ce qui est impossible même à ce jour) et après, que l’école allait faire de la pression sur certains bailleurs habituels afin qu’ils apportent un appui qui permettraient aux radios de redémarrer vite et bien. Comme toujours, il a laissé entendre qu’il allait s’en occuper.

Puis, silence radio. Je pensais qu’il était occupé. Moi j’avais beaucoup de choses à régler de mon bord et je n’étais pas aussi responsive que j’aurais du être.

Mercredi dernier j’ai ouvert mon Facebook et j’ai tombé sur son avis de décès. Comme ça, il est mort. Comme ça, le fou rire et le grand sourire si peu caractéristique des gens de sa station s’éteignent. Il avait un cancer, qui était probablement déjà présent quand je l’ai connu.

Les jeunes journalistes de la Belgique ont perdu un ami. Surtout, les journalistes du Burundi ont perdu un ami, à un moment où ils ont besoin de tous les amis que le monde peut leur donner.

J’ai un pote camerounais qui est resté en Belgique. Il est allé à l’enterrement de Guyot. Il a ri aux larmes. Et quand j’ai entendu pourquoi j’ai ri aux larmes aussi. Ami de l’Afrique et plein de joie de vivre jusqu’à la toute fin, il a décidé qu’a son enterrement, le monde allait rentrer dans l’église aux sons de…

Indépendance Cha Cha, de Kabasele!

Profitez-en, et levez un verre!

On travaille toujours très fort pour aider la Radio Isanganiro, dont il a formé beaucoup des journalistes, à se reconstruire. Vous pouvez nous aider ici si ça vous dit. Je ne fais pas cette démarche en son nom, mais je sais que c’était une cause qui lui tenait à coeur.

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About msmarguerite

Young Quebec City-based freelance journalist. once and future nomad. I blog about life, about travel, about things I notice and every so often about work. I enjoy language learning, singing, swing dancing, skating and...other stuff, sometimes. My heart is somewhere in East Africa, Haiti or Eastern Europe. English, français, русский, malo slovensko, un poco de espanol, um pouco de português ndiga ikirundi, mwen ap aprann kreyòl...
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