Burundi: comment on est arrivé là?

Le conflit actuel au Burundi, expliquée à une amie québécoise qui ne connaissait rien de l’histoire burundaise mais qui voulait sincèrement apprendre (faudrait qu’il y ait plus de gens comme ça!). La conversation a été un peu modifiée et annotée. Merci Catherine pour avoir posé les bonnes questions, et Coudra et Lyse pour les corrections.

SI VOUS VOYEZ DES ERREURS, AIDEZ-MOI À LES CORRIGER! 

(source: Wikimedia Commons)

(source: Wikimedia Commons)

Sa question: Au Burundi, il va se passer quoi maintenant?

Ma réponse: Je viens de parler avec des amis de là-bas, ils disent qu’ils vont continuer de manifester, que le coup militaire n’a pas *rejoint* la contestation populaire mais l’a plutôt *coopté* Et qu’ils vont continuer a essayer de convaincre le président Pierre Nkurunziza de céder le pouvoir de son propre chef. Ce qui arrivera, je crois, quand des cochons voleront. Non seulement Nkurunziza est déconnecté de la réalité, mais il n’a jamais été connecté. Il pense qu’il est président par la volonté de Dieu.

Sa question: C’est un homme d’affaires?

Ma réponse: Le contraire absolu d’un homme d’affaires…un prof d’éducation physique de formation. Devenu soldat, puis chef des rebelles, puis prêcheur et politicien. Mais il est très bon avec un ballon de foot et très adroit quand il est question de son image en région. En travaillant son image de bon bosseur, d’athlète et d’homme de Dieu, il a un base de soutien parmi des gens ignorants, qui le sont en raison de *ses* politiques d’éducation.

Sa question: L’armée est où dans tout ça?

Ma réponse: L’armée est divisée entre les pro-Nkurunziza et les pro-Niyombare ( = le général qui a lancé le coup). Puis, les radios sont les seuls moyens de communication qui rejoignent tous les gens, et ce qui les arrive serait presque drole si ce n’était pas triste. Les soldats du gouvernement ont détruit les radios d’opposition. Les radios pro-gouvernement ont été detruits par les opposants.  Alors il n’y a pas de communication pour la majorité des gens, mise à part la radio d’état et la radio de l’église catholique.

Sa question: Qui prendra le pouvoir?

Ma réponse: Vouéla la question. Il n’y a pas de successeur designé ni de leader de l’opposition qui a beaucoup d’influence.

Sa question: Il n’y a pas d’élections dénocratiques la bas?

Ma réponse (révisée, parce que je me suis mêlée en chemin): Techniquement oui. Mais c’est une autre chose. Je t’explique…

Au cours des années 90 il y avait une longue guerre entre de différents factions rebelles au Burundi. Les raisons pour cette guerre datent des années 70 voire de l’époque coloniale, et je n’ai pas vraiment le temps de les expliquer comme il faudrait. Toujours est-il que pendant plusieurs années il y avait un gouvernement de coalition, tel que négocié dans une série d’accords qui s’appellent les accords d’Arusha, que la plupart des groupes rebelles ont signé en aout 2000.  Les accords d’Arusha prevoyaient la mise en place eventuel des élections démocratiques, et un président élu limité à 2 mandats de 4 ans. En attendant les élections, le *parlement* a choisi ce type, un ex-rebelle charismatique, Pierre Nkurunziza. Il a été inauguré en 2005.

Sa réponse: C’est long!

Ma réponse: Oui, c’est compliqué! En 2005 Nkurunziza a été élu *par le Parlement*, alors. En 2010 il a gagné les élections contre une opposition très fragmentée qui a fini par boycotter le scrutin. Et cette année, il veut essayer d’avoir une troisième mandat.  La question qui se pose: est-ce que 2005-10 (quand il a été mis là par le parlement et non pas par l’électorat) compte comme un mandat? Dans tel cas il serait exclu de se présenter.

Sa commentaire: Alors, il faudrait clairement qu’il s’en aille!

Ma réponse: En fait, la Cour constitutionnelle a déclaré que non, ça n’a pas compté et il était en mesure de chercher son troisième mandat. Mais leur décision n’était pas unanime. C’était fin avril. Voilà quand ça commence à se gater, au moins un des juges qui était contre le troisième mandat a été contraint de quitter le pays. La principale radio de l’opposition a été débranchée et tous les radios privées ont été débranchés en province.   Les manifestations dans la capitale ont pris de l’ampleur. Les manifestants pensent que Nkurunziza devrait être exclu de se représenter, et l’accusent d’avoir craché sur les accords d’Arusha.

Les accords, comme j’ai dit tantôt,  visaient à mettre fin à des tensions entre milices qui duraient depuis le début des années 70 et qui ont été responsables pour des milliers de morts et de personnes déplacés. Les gens étaient fatigués mais avaient beaucoup d’espoir. La paix a tenu pendant plus d’une décennie. Et maintenant, pensent-ils, voici cet orgueilleux de Nkurunziza qui vient de piétiner les accords. C’est pour ça la contestation. Mais on l’a vu, il y a aussi beaucoup de gens mal informés qui croient que Nkurunziza, c’est un bon type parce qu’on le voit en photo en train de bâtir des maisons avec ses mains puis à prier avec des paysans, etc. C’est sa base, et il veut les garder ignorants aussi longtemps qu’il peut.  Il est à noter que l’école là-bas est payant à partir du deuxième sécondaire, et dans certaines regions il n’y a presque pas d’économie à argent comptant, donc penses-tu que la majorité des gens sont allés longtemps à l’école? Penses-tu que la majorité des gens sont en mesure de s’informer avec un journal ou avec internet? Ben non, reste la radio. Notons qu’il n’y plus de reception radio en province, et donc pas d’information, depuis une semaine. Le gouvernement veut empêcher les paysans de s’informer et empêcher les contestations de se répandre. Ça semble avoir marché selon mes amis qui sont au nord du pays.

Puis en plus des manifestants, des paysans et des différents factions militaires, il y beaucoup de gens qui n’aiment pas Nkurunziza mais qui se disent “Qui d’autre?” Il n’y a personne d’évident pour le remplacer. Il y a quelques opposants et anciens chefs d’état qui sont techniquement en lice mais qui ont déjà perdu leur chance pour des différentes raisons…mais ce n’est pas comme en Côte d’Ivoire ou au Nigéria, où il y avait deux partis politiques bien développés qui n’avaient que de faire une campagne électoral et espérer pour le mieux…alors on est rendu là, et personne ne sait plus vraiment à quel saint se vouer.

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About msmarguerite

Young Quebec City-based freelance journalist. once and future nomad. I blog about life, about travel, about things I notice and every so often about work. I enjoy language learning, singing, swing dancing, skating and...other stuff, sometimes. My heart is somewhere in East Africa, Haiti or Eastern Europe. English, français, русский, malo slovensko, un poco de espanol, um pouco de português ndiga ikirundi, mwen ap aprann kreyòl...
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