L’énigme du retour

Ca fait des mois que je n’ai rien écrit en français dans cet espace. En ce moment où je pense avec nostalgie de mon aventure haïtienne, je pense au livre L’Énigme du retour de Dany Laferrière, ce poème en prose qui est sans doute un des livres les plus frappants que j’ai lu en 2014…plein de reflexions sur le voyage, le croisement des cultures et la religion. Ca me rappelle un dimanche soir où ma mère, écoutant les bruits de la ville du balcon de notre hôtel, a dit avec étonnement, “Ces gens n’arrêtent jamais de chanter!”

Il arrive toujours ce moment

Le moment  de partir

On peut bien encore trainer un peu

à faire des adieux inutiles et à ramasser

des choses qu’on jettera en chemin

Le moment nous regarde

Et on sait qu’on ne reculera plus.

L’instant du départ nous attend à la porte

Comme quelque chose dont on sent la présence

Mais qu’on ne peut toucher

Dans la réalité il prend l’aspect d’une valise.

(39)

En fait, la véritable opposition n’est pas

entre les pays, si différents soient-ils

mais entre ceux qui ont l’habitude

de vivre sous d’autres latitudes

(même dans une condition d’infériorité)

et ceux qui n’ont jamais fait face

à une culture autre que le leur.

(41)

Pour les trois quarts des gens de cette planète

il n’y a qu’une forme de voyage possible

c’est de se retrouver sans papiers

dans un pays où on ignore

la langue et les moeurs.

On se trompe à les accuser

de vouloir changer

la vie des autres

quand ils n’ont

aucune prise

sur leur propre vie.

(42)

Les sédentaires aiment voir

le nomade réduit à l’immobilité.

(61)

être sur un île déboisé

en sachant qu’on ne verra

jamais ce qui se passe

de l’autre coté de la mer.

Pour la majorité des gens d’ici

L’au-delà est le seul pays

qu’ils espèrent visiter un jour.

(91)

Douleur.

Absence.

Silence.

Voilà ce qui n’a rien à voir

avec le folklore

mais de cela

on ne parle jamais

dans les médias internationaux.

(98)

Je note en croisant une foule en prière

qu’on parle ici de Jésus

sans arrière-pensée mystique

comme il s’agissait

d’un type qu’on a l’habitude de croiser

au coin de la rue.

Si on attend tout de Lui

on se contente finalement de peu.

(225)

Les gens d’ici n’ont pas l’habitude de se plaindre.

Ils ont la faculté de changer

en chant tout douleur.

(263)

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About msmarguerite

Young Quebec City-based freelance journalist. once and future nomad. I blog about life, about travel, about things I notice and every so often about work. I enjoy language learning, singing, swing dancing, skating and...other stuff, sometimes. My heart is somewhere in East Africa, Haiti or Eastern Europe. English, français, русский, malo slovensko, un poco de espanol, um pouco de português ndiga ikirundi, mwen ap aprann kreyòl...
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