L’histoire de Dominique

*English version here*

J’ai reçu ce cri de coeur sur Facebook, en même temps que quelques centaines d’autres personnes, d’une burundaise de ma connaissance qui a des amis dans les milieux LGBT du Burundi. Au Burundi, avoir un rapport sexuel, aussi consentant soit-il, avec une personne de même sexe, est punissable d’une peine de prison.  A ma connaissance, cette peine n’a jamais été appliquée depuis la promulgation de la loi en 2009, mais son existence est, on peut le comprendre, la cause d’une grande malaise chez les LGBT, les gens en questionnement et leurs alliés au Burundi.

Voici l’histoire d’une jeune femme…

Je vais vous raconter l’histoire d’une jeune fille. Pour protéger sa sécurité on l’appellera juste Dominique car elle a été obligée de nier ce qu’elle était pour échapper a la prison. Dominique est une fille burundaise comme les autres, elle aime ses amis et sa famille plus que tout mais pour elle le Burundi n’est rien qu un grand hôpital où elle passe son temps en isolement depuis que la police lui a dit qu’elle est malade et anormale, pourtant elle a tout pour réussir un avenir dans la communication et le multimédia, elle aime l’art et les livres, mais dans la société elle est contagieuse. Ils ne veulent plus qu’elle vive heureuse. Sa famille la soutient mais lui a dit de rester au calme, de quitter ce pays qu elle aime tant. Les burundais ne sont pas habitués à ça, lui disent-elle tous les jours, go biragoye kwumva*. Pourtant elle a l’espoir d’un jour épater ce pays qui l’a vu naître, qu’ elle aime et qu’elle respecte. C’est pas de sa faute si elle préfère Joëlle a Christophe, alors elle vit depuis peu dans sa bulle car dehors elle est victime des regards, ils cherchent des preuves pour la coffrer. Ses copines ont crié a l’injustice, on les a accusées d avoir été contaminées. Craignant une mise en quarantaine, elles ont laissé tomber. Alors elles lui rapportent le soir quelques ragots et nouvelles de Buja** pour qu’elle tienne le coup, mais Dominique au fond aimerait pouvoir ressortir en paix sans que M. Michel de l’OPJ*** ne fasse suivre ses moindres gestes espérant que Dominique craque, donc elle s’accroche mais rien n’y fait. Elle est une cible mais son coeur reste invincible. Elle a des valeurs, des rêves de paix et d’humanité. Dès qu’elle sort c’est l’horreur, elle fait peur et surtout elle est contagieuse, on la juge pour ses habits et sa démarche. Elle a beau crier qu’elle est normale, qu’elle est entière, qu elle supporte mal qu’on la traite comme si elle était en guerre, qu’ elle ne mérite qu on la prive de sa liberté d aimer. Comment l’amour peut être jugé par les hommes? Elle est gênante dans la société. Elle est l’ennemi. Dominique est le danger absolu parce elle est une femme burundaise de 24 ans et elle aime une autre femme.

*C’est difficile pour les gens de comprendre.

** Bujumbura, la capitale du Burundi

*** Office de la police judiciaire

Depuis la sortie de ce texte anonyme, il a reçue des dizaines de commentaires, presque uniformément positives. C’est encourageant. A titre d’exemple, le commentaire d’un jeune homme:

Je suis sincèrement désolé pour Dominique! On la traque un peu comme si elle a fait un quelconque mal à la société!! Et que dit-on de ces “honorables”personnes qui pillent des millions dans les caisses de l’Etat et condamnent toute une nation à bringuebaler dans une misère et une pauvreté sans nom, qui tuent ou qui font tuer de pauvres innocents et qui malgré leur image pourrie,se pavanent tranquillement dans les rues de Buja et n’ont de surcroît aucun besoin de vivre cachés comme la jeune Dominique??!!! Je crois qu’on est en train de créer des problèmes là où il n’y en a pas!! N’agissons pas comme le président Museveni**** juste à côté de nous qui a instrumentalisé tout un peuple et toute une colonne d’Africains en faisant du “problème gay”son cheval de bataille à des fins purement populistes et électoralistes!! Mr l’OPJ, son boulot c’est d’happer ceux-là même qui passent leur temps à voler, à tuer, à violer, ceux-là même qui de par leur comportement polluent toute la société, et non pas de rendre la vie intenable à des gens comme Dominique qui ne demandent qu’à mener leur vie en toute liberté et en toute dignité!! Courage à Dominique même si je ne la connais pas!!

****Yoweri Museveni, le président d’Ouganda, sous la pression des groupes religieuses extrémistes internes et externes, a signé une loi en février dernier interdisant l’homosexualité et pénalisant même ces personnes alliées qui côtoyaient des homosexuels sans les dénoncer. Il avait auparavant traité la loi de “projet de loi fasciste.” Fort heureusement, la loi a été invalidée sur une technicalité juridique, mais le sentiment férocement antigai propagé par des sectes soi-disant chrétiennes perdure chez un certain nombre d’ougandais(es).

Aministie international a fait paraitre ce rapport (en anglais mais je crois qu’il existe une version française quelque part) qui souligne les problèmes rencontrés par beaucoup de membres des minorités sexuelles en Afrique.

Quelqu’un a créé un groupe Facebook, Dominique ntaco azoba (Dominique, rien ne va t’arriver) et un mot-clic (#ntacoazoba) pour soutenir Dominique et d’autres comme elle. Le page a récolté plus de 200 “j’aime” depuis sa création il y a à peine 3 jours.

Un groupe Facebook ne va pas changer le monde dans une nuit. Mais rassemblons-nous, rien que pour dire à tous et toutes les Dominiques qu’ils ne sont pas brisé(e)s, et surtout qu’ils ne sont pas seul(e)s.

Drawing-Gay_flag

Et souvenez-vous que (dans les mots d’un autre commentateur sur le texte original) “Il n’est pas nécessaire d’être un animal pour appuyer les droits des animaux, alors pourquoi serait-ce nécessaire d’être gai pour appuyer les droits des gais?” L’état, pour reprendre les mots du premier ministre canadien Pierre Trudeau, n’a pas de place dans les chambres à coucher de la nation!

Mise à jour #1: Un réprésentant du mouvement burundais contre la discrimination Mouvement pour les libertés individuelles m’a fait parvenir ce rapport (en français) faisant état de la discrimination vécue par les LGBT burundais. Son titre: “J’aime mon pays mais mon pays ne m’aime pas.”

Mise à jour #2: Je suis complètement épatée par la pluie des vues, des “j’aime”, des commentaires, des messages et même des appels téléphoniques que j’ai reçus depuis la mise en ligne de ce texte. Le page aussi, pour lequel je ne peux pas prendre le crédit, prend de l’envol d’une façon remarquable. Restons solidaires!

Mise à jour #3: J’ignore pour le moment si c’est en lien avec ce billet anonyme ou pas, mais je viens de voir un texte sur le formidable blogue This Burundian Life, qui parle de la moralité et le logique des restrictions légales sur les pratiques sexuelles. L’auteur ne garde pas l’anonymat dans ce cas; Athanase Karayenga est un spécialiste de la communication avec lequel j’ai eu la chance de collaborer sur certains projets. Si vous avez apprécié le texte ci-dessus vous allez également apprécier ce texte-là.

Mise à jour #4: Ce billet de blog a été en grande partie repris par le blogue bilingue antihomophobe 76 Crimes.

Mise à jour #5: Veuillez lire le message de fin d’année de l’équipe, et prendre l’occasion de les aimer sur Facebook si vous ne l’avez pas déjà fait.

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About msmarguerite

Young Quebec City-based freelance journalist. once and future nomad. I blog about life, about travel, about things I notice and every so often about work. I enjoy language learning, singing, swing dancing, skating and...other stuff, sometimes. My heart is somewhere in East Africa, Haiti or Eastern Europe. English, français, русский, malo slovensko, un poco de espanol, um pouco de português ndiga ikirundi, mwen ap aprann kreyòl...
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3 Responses to L’histoire de Dominique

  1. Joli article qui montre que c’est à partir de petites actions comme celles-ci qu’on peut arriver à une conscientisation de grande envergure qui apportera forcément des changements!

  2. Pingback: Dominique’s story | Ruby Pratka – Year of No Fear

  3. Pingback: Year-end message/message de fin d’année de Dominique Ntaco Azoba | Ruby Pratka – Year of No Fear

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