…et une des archives.

(Pendant que je cherchais des échantillons de ma propre écriture en français pour accompagner un CV destiné à un mensuel communautaire francophone, je me suis rendue compte que le reportage qui suit, fait en octobre de l’année passée lors de notre grand voyage de classe aux USA, n’avait pas été mis sur le blog! On rectifie ça vite fait…)

Entre l’Afrique et l’Amérique : Portrait d’un coin de Harlem

Ruby Irène Pratka

 

Ici, c’est un autre Harlem.

Pas de jazz, pas de salsa, c’est le rock d’Afrique de l’Ouest avec ses fortes influences reggae qui résonne des portes des ses magasins et des fenêtres de ses voitures. Des hommes, certains portant des longs djellabas et d’autres en costume et cravate, saluent leurs amis: “Asalaam aleikum.” Les femmes de toutes âges portent des boubous aux couleurs vives.

Une petite école privée arbore fièrement son cursus dans sa fenêtre—le français et l’arabe coranique y figurent. Une affiche en néon rouge clignote dans la fenêtre d’une pharmacie : « On parle français. » Dans un seul block entre le 7ième et 8ième Avenue, quatre cafés sénégalais se rivalisent pour attirer des passants affamés et nostalgiques.  Les expatriés de l’Afrique de l’ouest ont pris ces quelques blocks de la 116ième rue pour en faire les leurs.

Mais beaucoup des résidents de cette « petite Afrique » sont des américains, ayant vécu ici depuis 15 ans ou plus. Et, citoyen ou non, en cette veille des élections le politique est sur toutes les lèvres.

« On n’a pratiquement pas dormi pendant toute la campagne, » dit Marcy Phillips, une fonctionnaire municipale d’origine ivoirienne. Elle organise des voyages de campagne dans les swing states pour une association nommée « African Diaspora Women for Obama » dont les affiches sont partout visibles. « C’est si important d’être sur le terrain. » 

« Obama est le seul candidat qui a déjà été président et le seul qui se soucie des problèmes des gens ordinaires; c’est une personne ordinaire, » elle explique son choix.

Au marché ouvert d’Harlem, un ancien stationnement décoré comme un tente de cirque, quelques dizaines de vendeuses essayent de vendre des énormes boucles d’oreille, des éléphants en bois poli kényans et des djembés de l’Afrique de l’Ouest, ainsi que des piles de chandails et sacs avec le visage du Président—et candidat—Barack Obama.

« Vous êtes la première cliente de la journée, » dit Fatou, la cinquantaine, sénégalaise d’origine. « Les temps sont durs, durs, durs. »

Fatou est aux Etats-Unis depuis 15 ans. « Quand je suis venue ici, c’était pendant le temps du président [Bill] Clinton,” explique-t-elle. “L’économie était bonne. J’avais beaucoup de clients, je gagnerais des fois 200 $ par jour. Mais maintenant je n’ai pas de clients. » Parfois elle fait le voyage de plus d’une heure de sa demeure dans le New Jersey avec tout son stock, et rentre à la maison avec seulement quelques dollars. 

« Quand je suis venue en Amérique, il y avait quelque chose en Amérique. Maintenant il n’y a plus rien, tout l’argent est parti avec  [ex-président George] Bush et les guerres qu’il a faites après l’affaire des tours jumelles. C’est tout parti; il n’y a plus rien en Amérique.”

Résidente permanente, Fatou n’a pas encore le droit de voter. Mais elle espère que ses enfants et ses voisins vont appuyer le président Obama.

« Je ne peux pas faire confiance en Romney; quelqu’un qui n’est pas riche doit être fou de voter pour lui, » dit-elle.

« Les temps sont durs, et les gens sont fatigués, » ajoute Binta, clandestine à Harlem depuis 16 ans. « Mais il y a des pauvres dans ce pays, et quand il y a des pauvres il faut les aider!  Comme les touristes qui viennent ici et achètent nos petits éléphants en bois. Vous nous aidez! Mais Mitt Romney, lui, ne va pas aider personne. »

« Cette élection est très décisive, »  dit Ibrahim, un vendeur d’art d’origine malienne.  « Etre noir en Amérique n’a jamais eu plus d’importance. Maintenant on parle d’égalité mais le racisme a toujours un grand rôle dans cette élection et on peut voir que ce pays est plus divisé que jamais. » Ibrahim lui-même soutient Obama. « Avec lui, on aura un système de santé mieux organisé…c’est aussi un peu une affaire de la fierté Noire. »

« La majorité des africains ici et là-bas sont pour Obama, ajoute-t-il. « Si tu restes ici toute la journée tu pourrais peut-être voir un ou deux républicains. Ils pensent que les républicains vont faire plus pour voter des lois qui régularisent des clandestins et soutiennent des entreprises. »

Thierno Diallo est un journaliste sénégalais de passage aux Etats-Unis, dans le cadre d’un programme du Département d’état des Etats-Unis.  Le programme annuel tombe par hasard pendant la période des élections cette année. Journaliste de politique et d’investigation dans une des démocraties les plus établies d’Afrique, M. Diallo était ravi à l’idée de voir une élection présidentielle américaine.

 « Quand je me suis rendu  compte que c’était une année électorale…je me disais que c’était une opportunité immanquable pour rien au monde. «, dit-il.  «Quand il y a une élection chez nous au Sénégal, on ne vit que pour ça pendant la campagne. Depuis que j’étais tout petit, s’il y avait une élection en France ou aux Etats-Unis on l’a suivi aussi de très près, même les gens analphabètes voulaient savoir qui allait gagner. Je me mets à la place de mes lecteurs…qui n’a pas rêvé de venir en Amérique, qui n’a pas été émerveillé par cette puissance qui veut que tout le monde agisse comme eux? »

Il est fasciné par le discours de la campagne. « Chez nous la liberté de l’expression existe, notre démocratie est assez avancée justement parce que les gens peuvent s’exprimer librement. Mais il y a quand même des choses qui ne passent pas, comme une offense direct au chef d’Etat. Ici, il y a la liberté d’expression à outrance. Le droit de l’individu de dire ce qu’il veut passe avant les intérêts de l’Etat. En Afrique, c’est l’envers.»

« L’importance pour nous est de copier ce qui est bien, » ajoute sa collègue Rojoarivony Razafindrazaka, une jeune malgache qui est présentatrice de télé dans la capitale, Antanarivo. « Pour les américains, la liberté de l’expression est ce qu’il y a de plus importante. Les politiciens malgaches ne supportent pas les critiques, les manifestations, et cetera. »

Certains expatriés, comme Yaya Berthé, propriétaire d’un petit magasin d’aliments,  espèrent qu’Obama aidera leurs pays d’origine. « Le Mali est une urgence internationale, » dit M. Berthé, originaire du sud du Mali. « La Chine, la France et la Russie s’y intéressent, alors les Etats-Unis ne peuvent pas ne pas agir.  »

« On ne peut pas sortir de cette crise nous-mêmes; la communauté internationale doit nous aider. »

« Je n’ai jamais entendu ce que les américains pensent de la situation au Madagascar en ce moment, » ajoute Mme. Razafindrazaka, dont le pays reste dans une période de transition plus de trois ans après un coup militaire. « Pourquoi ce silence? »

Mais M. Diallo n’a pas d’attentes. Obama n’a fait qu’un seul voyage au sud du Sahara depuis le début de son mandat—il était au Ghana en 2008 pour un peu moins d’un jour. « Peut-être qu’ Obama va faire un nouveau voyage en Afrique, mais ça va s’arrêter là, » dit le correspondant de l’Observateur du Dakar. « Ce n’est pas parce qu’il a des origines africains qu’il va se soucier de l’Afrique. Il est élu pour résoudre des questions nationales. Une des choses qui nous a surprises aux Etats-Unis, c’était à quel point ce qui se passe à l’étranger n’intéresse pas les Américains. »

« L’Afrique doit se prendre en main toute seule; il nous faut compter sur nous-mêmes et non pas sur Obama. » 

 

 

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About msmarguerite

Young Quebec City-based freelance journalist. once and future nomad. I blog about life, about travel, about things I notice and every so often about work. I enjoy language learning, singing, swing dancing, skating and...other stuff, sometimes. My heart is somewhere in East Africa, Haiti or Eastern Europe. English, français, русский, malo slovensko, un poco de espanol, um pouco de português ndiga ikirundi, mwen ap aprann kreyòl...
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