A Musaga, des prostituées sortent de la rue

Ce projet était un privilège de couvrir…Merci Radio Isanganiro, et Shirley Nadeau, ma rédactrice à Québec, pour m’avoir branché!

Médiatrice, 24 ans, se penche au-dessus de sa machine à coudre. Son fils d’un an, arrimé à son dos avec une couverture, s’endort, bercé par le cliquetis doux des machines. Elle lève ses yeux le temps de dire que le travail la satisfait, puis retourne au sac à dos qu’elle confectionne. Quatre jeunes femmes sont en train de coudre des sacs à dos de couleurs vives, pendant que d’autres mesurent et coupent de la toile avec des ciseaux aussi longs qu’un bras. Dans tous les coins de l’atelier sont entassés des sacs, des robes et des peluches. Les filles, absorbées dans leur travail, ne sont pas bavardes.

Médiatrice était fille soldate pendant la guerre civile. Il y a sept ans, elle a intégré l’atelier de couture de Bravo Ministries, un projet basé à Musaga qui emploie une dizaine de jeunes femmes, dont la plupart sont des anciennes prostituées et filles soldates.

Bravo Ministries est le projet de vie d’Allison Blair. Cette québécoise anglophone, parlant aisément le français, l’anglais et le kirundi, a habité dans la région des Grands Lacs depuis presque vingt ans.

« Je me sentais toujours attirée vers des gens qui étaient plus vulnérables que moi, » explique-t-elle. « Je voulais toujours me battre pour les plus faibles. » Au milieu de ses études de théologie en Angleterre, elle voit des photos du génocide des Khmers rouges au Cambodge, de ce que l’histoire allait appeler les champs de la mort.

« J’ai demandé au Bon Dieu, ‘Je sais que Tu es ici mais es-Tu là ?’ J’y suis allée, et oui, Il y était. » Elle reste sur la frontière thaï-cambodgienne pendant 13 ans à travailler avec l’organisation chrétienne World Vision dans des camps de réfugiés -suffisamment de temps de maitriser la langue khmère. En été 1994, elle accepte une position avec World Vision au Rwanda, et aide à réunir des familles qui se sont perdues dans les camps de réfugiés de Goma. Par la suite, elle travaille avec des orphelins à Kirundo (nord du Burundi).

Allison Blair, initiatrice de Bravo Ministries
En 2003 elle s’installe à Bujumbura avec des collaborateurs burundais. La guerre civile est en train de prendre fin, et au fur et à mesure que les groupes armés démobilisent, ils prennent en main des anciens enfants soldats. Ils embauchent des formateurs dans la mécanique. « Et puis, on s’est rendu compte qu’il y avait des filles. » Des bailleurs extérieurs les ont aidés à mettre sur pied un atelier de couture.

« On a commencé avec les filles soldates. Il y en avait beaucoup, pas toutes, qui ont été abusées. Après la guerre, on s’est tournée vers les anciennes prostituées, qu’on allait chercher à la sortie de la prison, et les autres filles vulnérables. » Ils encadrent à présent neuf jeunes femmes, avec l’espoir d’embaucher une autre dizaine.

Bella est une des anciennes prostituées que Bravo Ministries a recueillie. Elle a perdu sa mère à un jeune âge et ne s’entendait pas bien avec sa marâtre. Une parente a suggéré qu’elle aille à la capitale pour vivre avec une autre parente, qui l’a poussée vers la prostitution comme moyen de gagner de l’argent. Elle a travaillé dans la prostitution pendant six ans, avant qu’une amie ne suggère qu’elle passe chez Bravo Ministries à Musaga.

« Elle savait qu’elle voulait s’en sortir, mais elle y gagnait quand même de l’argent. Au fond d’elle, elle était toute brisée, mais elle ne savait pas qu’une voie de sortie existait. Maintenant elle est une de nos meilleures filles, » dit Allison Blair.

« Mon mot préféré en kirundi, c’est kwihangana, la ténacité. Tu peux tout avoir, mais si tu n’as pas de kwihangana, tu n’iras nulle part. Et ces filles en ont à revendre. »

Depuis la fin de la guerre, les subventions extérieures ont chuté, mais la demande pour les robes, pantalons, sacs et peluches que les filles cousent les a en partie compensées. Les femmes gardent 60% des recettes comme salaire, tandis que 40% est réinvesti dans le projet.

Ils espèrent recueillir d’autres prostituées de Musaga et aussi de recommencer la formation des garçons de rue. Dans le long terme, ils veulent mettre en place un réseau de prévention de la prostitution en province.

« C’est une opération délicate, ce n’est surtout pas un jeu, et j’avoue qu’il y a des jours où j’ai envie de crier, mais il y a un verset de Psaumes qui dit que le Seigneur est près de ceux qui ont les cœurs brisés, » conclut Allison Blair. « Dieu est mon bailleur et mon responsable de marketing, et c’est incroyable mais on s’en sort. »

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About msmarguerite

Young Quebec City-based freelance journalist. once and future nomad. I blog about life, about travel, about things I notice and every so often about work. I enjoy language learning, singing, swing dancing, skating and...other stuff, sometimes. My heart is somewhere in East Africa, Haiti or Eastern Europe. English, français, русский, malo slovensko, un poco de espanol, um pouco de português ndiga ikirundi, mwen ap aprann kreyòl...
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3 Responses to A Musaga, des prostituées sortent de la rue

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